Prévenir que la douleur ne devienne maîtresse chez vous et chez votre animal…

« Le médecin vétérinaire demande : Comment va Frimousse à la maison…?? » Madame répond : « Et bien docteur, Frimousse n’a jamais vraiment monté les escaliers ou sauté sur les lits. Je dois la prendre dans mes bras pour les escaliers et même les sofas depuis qu’elle est toute petite!!… » ou encore « Depuis un certain temps, Saucisse semble plus calme… Elle ne monte plus sur mes jambes comme elle le faisait quand j’arrivais de travailler. Quand j’essaie de la prendre, elle hurle de douleur!!!… »

Ce type de conversation entre le médecin vétérinaire et le propriétaire de son patient est plus fréquent que l’on pense. Parfois, le chien ou le chat, cache tellement bien ses symptômes de douleur que le propriétaire a seulement l’impression que son animal est plus calme. Les signes cliniques de la douleur chronique varient beaucoup d’un animal à l’autre et même d’une espèce à l’autre. En passant par un manque d’appétit, de la diarrhée, des vomissements, une attitude plus calme, uriner dans la maison, crier lorsque manipulé, se cacher, se tenir le dos rond, dormir beaucoup plus qu’à l’habitude, les animaux démontrent une myriade de signes lorsqu’ils sont en douleur. En traitant la douleur rapidement nous évitons que le cercle vicieux de la douleur chronique s’installe. Il est même recommandé par les plus grands spécialistes du contrôle de la douleur, lorsque cela est possible, de débuter le traitement de la douleur avant qu’elle n’apparaisse est le meilleur des traitements. Ce genre de traitement s’applique très bien par exemple lors de chirurgies des os (orthopédique) ou du système nerveux (neurologique) durant lesquelles nous savons qu’il y aura une grande douleur induite par les manipulations chirurgicales. Ce type d’analgésie (contrôle de la douleur) se nomme l’analgésie préamptive.

Dans les circonstances où nous avons à gérer une douleur déjà existante, il est primordial de tenter de déterminer si la situation vient tout juste d’apparaître ou au contraire, comme pour le cas de Frimousse, si nous avons possiblement affaire avec la Grande Douleur, avec un grand D, avec laquelle l’animal a appris à vivre et qui affecte sa qualité de vie depuis très longtemps. Chez les humains c’est le genre de situation que l’on retrouve chez les multi fracturés, les hernies discales, les névrites de toutes sortes… Pour comprendre la douleur des animaux, il est toujours judicieux de se référer à une situation comparable chez l’humain adulte qui est capable de dialogue. La partie de la dernière phrase qui est cruciale ici est : « qui est capable de dialogue », car ne l’oublions pas, les animaux sont des êtres vivants possédant les mêmes systèmes de perception de douleur que l’être humain à l’exception près qu’ils sont incapables de verbaliser leur situation douloureuse. D’ailleurs la majorité des études de douleur réalisées au profit des humains sont effectuées chez 1 — les souris, 2 — les rats, 3 — les chiens et parfois les chats. Alors en se référant à une pathologie similaire chez l’humain le médecin vétérinaire et le propriétaire peuvent avoir une bonne idée du niveau de douleur que vit l’animal. Fait intéressant en 2007, l’AAHA  obligea ses membres accrédités à produire une série de protocoles de gestion de la douleur et à ajouter dans les grilles d’examen de tous les animaux une section au sein de laquelle le médecin vétérinaire doit évaluer le niveau de douleur de l’animal (de 0 à 4, 4 étant une douleur intolérable). De cette façon, le contrôle de la douleur devient le centre de nos préoccupations.

Par différents examens spécifiques (radiographies, analyses sanguines, pression sanguine, analyse d’urine, etc.), il sera possible d’identifier avec précision l’origine de la douleur. Ensuite, en conjonction avec l’information déterminée ci-haut en ce qui concerne la durée du mal, un protocole de contrôle de la douleur sera mis en place. Ce plan de contrôle de la douleur intégrera plusieurs aspects du mal et c’est cette interdigitation des traitements qui assurera le succès du traitement. Ce type d’analgésie se nomme l’analgésie multimodale. Les molécules pharmaceutiques constituent le premier abord à la question. Encore aujourd’hui de nouvelles molécules continuent d’être découvertes et offrent une grande variété d’approches de traitement qui passent par les anti-inflammatoires (COX-1 ou COX-2), les morphiniques (synthétiques ou non), les antidépresseurs, les gabaergiques de ce monde, certain antibiotiques qui démontrent des aptitudes favorables, des sédatifs en applications locales ou systémiques, les caïniques (lidocaïne, marcaïne, benzocaïne), les cannabinoïdes (dérivés du cannabis), les produits phénolés (eugénol et propophol) et bien d’autres. Il ne faudrait pas oublier les traitements chirurgicaux jumelés avec une utilisation judicieuse de produits anesthésiants, analgésiants et de blocs locaux-régionaux (injection de certains produits près des nerfs qui insensibilisent ces derniers de façon temporaire) qui souvent peuvent faire une grande différence pour soulager une douleur de compression par exemple, ou une douleur de frottement (articulations anormales par exemple), de déchirement, de fracture ou de luxation, de membre fantôme et bien d’autres. Finalement, les voies alternatives sont aussi des options à considérer comme les molécules nutraceutiques, le laser, l’acuponcture, la physiothérapie, l’ostéopathie, la massothérapie, la kinésiologie, l’injection de cellules souches, le tens (stimulation mécanique qui induit la relâche de morphine endogène) et bien d’autres.

Bref, si votre animal de compagnie présente une attitude anormale, n’attendez pas et consultez votre médecin vétérinaire sans tarder. Vous éviterez ainsi à votre animal de devoir cohabiter avec une maîtresse tout particulièrement désagréable qui se nomme Madame la Douleur…


Dernière mise à jour 2017-07-07

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